Ma mort

L’approche inéluctable de la mort n’est qu’une banale question mathématique… n’ayant jamais été doué en mathématiques, je préfère ignorer une équation à multiples inconnues comme la probabilité statistique… Une autre science exacte qui m’indiffère absolument… j’ai rapidement abandonné l’étude du théorème de Poisson.

Le problème n’est d’ailleurs pas celui d’une mort qui me refuse momentanément depuis que les attaques emboliques, les tumeurs cérébrales se sont heurtées à de solides défenses bétonnées…

Une sorte de ligne Maginot combinée à la ligne Siegfried… la créativité française débridée jointe au pragmatisme teuton… Un mur de l’Atlantique hérissé de canons et de mitrailleuses braqués sur l’envahisseur… la défense infranchissable résiste, recule… elle finira bien un jour par s’effondrer.

Ce n’est pas la mort, ni la douleur de mes héritiers aimants, qui m’inquiète mais plutôt l’avenir du monde privé d’un de ses génies visionnaires, trop souvent ignorés, qui font pourtant la légende du grand livre de l’humain… trop humain.

Ils m’ont négligé de mon vivant… ils viendront donc interroger ma sépulture… je leur répondrai comme l’œil dans la tombe qui regardait Caïn… Trop tard, l’ami, il fallait m’écouter aux temps que j’étais beau… Ils ne s’en remettront pas.

Je ne regretterai rien… mais alors rien de rien, non, je ne regretterai rien… Tout le mal qu’on m’a fait… et Aton sait qu’on m’en a fait beaucoup… mais tout cela m’est bien égal sur le mur de mon indifférence…

J’ai refusé une retraite inutile pour préférer la richesse d’une fin de vie redevenue active, intelligente, respectable, respectée… mes promenades au Cap Skirring ont été autant d’occasions de mesurer l’affection d’une population pauvre qui apprécie ce que j’ai tenté de construire avec elle, pour elle.

Les ‘Monsieur Jean-Claude’, ‘Monsieur Logé, ‘Monsieur le Président’ fusent… J’ai prohibé les ‘Papy’, les ‘Grand Père’, les ‘Tonton’ qui sont ici des marques du plus profond respect pour les anciens… des marques que j’apprécie modérément…

Je leur explique donc que, étant encore jeune d’esprit, je déteste tout ce qui pourrait me vieillir prématurément… ‘Jean-Claude’… me suffit donc largement.

Ils comprennent au quart de tour… Un partage convivial de plus dans un pays pour qui partage, famille, solidarité, respect des anciens, sont restés des règles de vie impératives…

Mon choix est vite fait entre mourir riche et détesté par des abrutis en Groland ou mourir moins riche et apprécié par mes amis africains… entre mourir en retraité utile pour des gens qui méritent tellement plus… ou mourir méprisé par des cons qui ne méritent plus rien qu’ils n’aient pas déjà détourné…

(*article initialement publié sur Facebook le 06-02-2015)

La mort

Dieu est mort

Lucy

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