Harpagon

Le travail… j’ai envie de plaider contre le travail… Pourquoi n’y aurait-il que les avocats pour défendre tout et n’importe quoi… ceux qui me connaissent mieux vont sourire… ils connaissent ma bonne foi légendaire… que va encore bien nous pondre ce vieux clown triste ?

Après tout, il n’y a pas que le travail dans la vie… les artistes, les poètes, les scribouilleurs, les musiciens, les sportifs, les philosophes, travaillent-ils ? Je vous parle bien sûr des inconnus qui rament dans leurs mansardes derrière leurs rêves inaboutis…

‘Je suis 14ème violoniste dans l’Orchestre Philarmonique de Liège’… Ah bon, et ça rapporte ? Non, cela ne rapporte rien, mais la musique est ma seule passion… Et vous Monsieur, vous faites quoi ? J’écris des romans pornographiques pour la collection ‘Marabite’… Tiens, comme c’est intéressant, c’est rentable ?  Non, mais j’aime ça… Ah, bon.

Juste pour vous dire que n’importe quel travail choisi par plaisir ne me dérange pas… ce qui me dérange, ce sont les travaux forcés, obligés, avec leurs cortèges de dépressions, de maladies professionnelles, d’absences injustifiées…

Si travailler vous emmerde, cessez donc de travailler, apprenez à vous… débrouiller… comme on dit en Afrique… Vous faites quoi, amigo ? Je me débrouille… un classique, il n’en dira pas plus, le coquin… c’est à vous de l’imaginer.

Grâce à la débrouille, nous avons profité du génie de plein de chanteurs de talent… Beatles, Rolling Stones, Bowie, Prince, Youssou N’Dour, Bob Marley, Michael Jackson, tant d’autres sont de purs produits de la débrouille…

Imaginez qu’ils aient cherché un travail rémunéré chez un patron ? Auraient-ils connu les carrières fabuleuses qui ont été les leurs ? Je n’en suis pas certain.

Je regardais récemment l’interview des deux humoristes qui se produisent comme… ‘Chevaliers du Fiel’… ils étaient en faillite, sans aucun succès…

Ils font salle comble aujourd’hui… Brigitte Bardot et Roger Vadim comprenaient à peine ce qui leur était arrivé… la Nouvelle Vague qui s’impose… la troupe du Splendid avec son café-théâtre, ses Bronzés, son Père Noël… Johny Hallyday, Gainsbourg, Jo Dassin… partout, toujours, émergent des talents issus de la seule débrouille.

Ils ont eu leurs obsessions, nous avions probablement les nôtres… Mon obsession était assez simple… du commerce, du fric, la grande liberté, point barre… Aurais-je pu faire autre chose ? Oui, j’aurais pu jouer au tennis, finir professeur ou entraîneur dans un club quelconque…

J’étais un élève médiocre en humanités, mais toujours 1er en diction… J’ai même fait du théâtre plus tard… ‘Harpagon’… dans l’Avare de Molière… le juge ‘Malgrave’ dans les ‘Dix Petits Nègres’ d’Agatha Christie… deux tabacs… des salles enthousiastes

Pourquoi ne serais-je pas devenu acteur de théâtre ou de cinéma ? Un François Damiens dont je connaissais bien le truculent père, Manu Damiens, ou un Benoît Poelvoorde ?

J’aurais aussi pu écrire des romans comme mon ami François Weyergans… un curieux bonhomme, François, mon voisin de banc en Poésie à Saint-Michel, toujours premier en dissertation, fanatique de cinéma comme son père Franz…

Après plusieurs prix littéraires, dont un exotique prix ‘Rossel’, il a été élu membre de l’Académie Française en 2009… Depuis lors, on n’a plus entendu parler de lui.

Franz, son père, nous commentait, trop longuement, les films projetés par les Jésuites dans la superbe salle de spectacle du Collège Saint-Michel… J’ai lu François Weyergans par intérêt amical… je l’ai toujours trouvé assez tordu, surtout très emmerdant…

Je le lui avais dit un soir lors d’une rencontre fortuite à Paris, aux ‘Deux Magots’… Il en avait bien ri, me donnant même raison… des récits égotiques, érotiques, dépressifs… des autobiographies romancées, heureusement brèves, qui endorment rapidement leur lecteur…

Par contre, je n’ai pas lu ‘Le Pitre’ qui raconte sa psychanalyse du dépressif qu’il est resté… c’est un bouquin pour Bob Grosjean… moi, j’ai déjà donné.

Au fond, comme François Weyergans, Vilain Coco aurait très bien pu se retrouver à l’Académie Française, en habit vert avec épée… aux côtés de François, Jean d’Ormesson, Alain Finkielkraut… les hasards de la vie sont tellement bizarres…

Je prends à droite ou je vais à gauche… c’est Roquentin dans ‘la Nausée’ de Sartre… Bardamu dans ‘le Voyage au bout de la Nuit’ de Céline… tout peut arriver, rien ne nous est nécessairement refusé… on surfe les vagues, on ne les affronte pas.


(*article initialement publié sur Facebook le 23-04-2016)

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