L’arrogance du capitalisme débridé

J’avais récemment une soirée d’employés Systemat licenciés brutalement, sur aveu de faillite… ces martyrs avaient trop bien travaillé, surtout durant de trop nombreuses années…

Payer un préavis à un type qui a trente ans de boîte est impensable pour les jeunes managers modernes… autant regrouper tous ces anciens grognards fidèles dans une structure pourrie dont on déposera ensuite le bilan…

Les contribuables payeront le strict minimum garanti de préavis via un fonds quelconque créé à la hâte… les employés licenciés ne recevront pratiquement qu’un mouchoir pour pleurer… les actionnaires reverraient ainsi leur capital mal investi avec même une légère plus-value lorsque la grande braderie Systemat sera terminée au début de 2018.

J’avais tristement fait mes adieux à Systemat en janvier 2010… Mes anciens font leurs propres adieux en ce 19 mai 2017… c’était une grande famille chaleureuse dont il ne restera bientôt plus rien…

Je voulais être avec eux pour cette dernière rencontre… pour leur parler d’espoir dans un proche futur… pour les assurer de mon soutien actif s’ils en avaient besoin… pour évoquer tous les beaux souvenirs qui resteront à jamais les nôtres…

Notre famille fut grande et nous en étions fiers… elle se meurt tristement dans l’inhumain devenu la nouvelle norme managériale des connards sortis de nos grandes écoles, de nos universités.

Je ne suis certainement pas un syndicaliste… je ne les aime pas quand ils détruisent l’emploi dans leur obscurantisme marxiste… mais quand ils ont raison, ils ont raison… je préfère un syndicaliste qui adopte une position intelligente à des managers qui tripatouillent l’humain pour échapper à leurs obligations envers les fidèles qui firent leur richesse.

La campagne d’Egypte fut un désastre pour Napoléon, un peu similaire au désastre qui frappe Systemat aujourd’hui…

Mais souvenez-vous, mes vieux soldats de la Grande Armée, que du haut de ces pyramides, Systemat vous regarde… elle est fière de vous qui pouvez être fiers d’elle… ceux qui vous rencontreront diront… ce sont des braves de chez Systemat… s’ils se sont aussi bien battus pour elle, ils se battront encore mieux pour nous demain.

J’ai confiance en vous… la tête haute, vous retrouverez tous les chemins de la réussite et de la gloire… ces chemins sur lesquels nous avons courageusement combattu, tous ensemble, pendant près de trente ans.

Anciens de Systemat, je vous embrasse tous très, très affectueusement. La misère du monde ce n’est pas plus le communisme dévoyé de Karl Marx que le capitalisme des bœufs américains… les deux systèmes sont aussi infects l’un que l’autre, se résumant à l’exploitation de l’homme par l’homme, ou l’inverse…

Exploité par Staline, Mao, Pol-Pot ou Coca-Cola, Monsanto, Volkswagen, Marlboro, ne fait pas grande différence… l’esclave reste un esclave en rêvant d’un meilleur maître, un salaire moins misérable, une nourriture comestible, un peu d’eau potable, un semblant d’avenir pour des enfants condamnés au néant dès leur naissance.

Notre véritable problème existentiel c’est la monstruosité du gigantisme… petits, nous n’étions pas malheureux… énormes, nous devenons ingérables sauf par de gigantesques cons qui confondent le bien-être général avec leur luxe particulier…

Rien n’est plus insupportable que cette arrogance du capitalisme débridé, ce mépris des gens simples, cette suffisance des énarques, trouducs sortis de nos grandes écoles de formatage d’abrutis utiles.

Tout était acceptable tant que cela restait raisonnable… Le capitalisme semblait une vertu tant qu’il favorisait un individualisme sobre qui tenait compte du collectif…

On ne gagne pas le match tout seul… mais on le rêve, on l’engage, on le gère, souvent fort seul quoi qu’en pensent les syndicats qui ne créent plus que le foutoir… Il fallait probablement des syndicats pour mettre des limites légitimes à la rapacité des patrons-voyous mais il n’y en a nul besoin pour détruire ce qui espère encore survivre.

Le syndicalisme qui fut une des grandes avancées du 19ème siècle est aujourd’hui complètement dépassé, un instrument politique hostile au système, une sottise sociale défendue par les ventilateurs pour organiser le troupeau, une religion de la contestation qui ne vaut pas un radis de plus que les religions du Livre… La volonté clairement affichée de foutre le bordel partout où ils le jugent utile…

Quand je pense que ces zozos rêvent d’infiltrer le monde des PME-PMI, j’imagine le désastre total du peu qui reste de notre tissu économique.

(*article initialement publié sur Facebook le 20-05-2017)

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